(20 avril 2012 – 30 novembre 2013)

Quarante ans après l’interprétation polémique du Satyricon par Federico Fellini (1969), le collectif d’artistes russe AES+F revisite l’œuvre littéraire classique du poète romain Gaius Petronius Arbiter. Leur création, The Feast of Trimalchio (2009) est une installation vidéo basée sur la Cena Trimalchionis, le passage du Satyricon dans lequel Trimalchio, un esclave dont la liberté a été rachetée, occupe le rôle central. Nom devenu synonyme de luxe, opulence et plaisir démesuré, Trimalchio caractérise la vanité même : les plaisirs humains sont aussi éphèmères que l’existence humaine.

L’installation vidéo The Feast of Trimalchio a été réalisée à partir de photographies numériques individuelles prises en studio en présence de plusieurs centaines de modèles. En montant les images les unes après les autres, AES+F crée un mouvement des personnages lent, raide et maniéré qui détermine l’atmosphère général de l’œuvre. Le décor – une île artificielle avec un imposant hôtel de luxe construit dans un style oscillant entre architecture impériale et coloniale – est une création entièrement numérique. Si l’œuvre n’est pas à proprement parler narrative, le spectateur comprend les jeux ambigues de pouvoir et de séduction naissant entre les hôtes et le personnel de l’hôtel. Analogue à la fête romaine des Saturnales au cours de laquelle maîtres et esclaves échangaient leur rôle lors d’un solstice, les hôtes narcissiques d’AES+F se transforment progressivement en serviteurs tandis que le personnel investit leur rôle autoglorifiant.

The Feast of Trimalchio crée sur un fond de menace incessante (tsunamis, OVNIs, …) un monde paradisiaque artificiel à la fois séduisant et répugnant. Un paradoxe consciemment recherché par les artistes : ?? « L’idéal atteint dans notre projet le niveau de l’absurde. Nos catastrophes ressemblent ainsi à des manèges d’un parc d’attractions Disney. Un tsunami n’engendre ni la mort ni la destruction, mais un coureur tentant d’échapper aux vagues et faisant penser à un joggeur. La panique y est la même que dans la peinture de l’art baroque où chutes et angles se multiplient. Notre intention était de donner naissance à un monde tellement idéal et splendide qu’il confine au répugnant »??.

 

 

 
 

AES+F

Arzamasova Tatiana – 1955, Russie
Evzovich Lev – 1958, Russie
Svyatsky Evgeny – 1957, Russie
Fridkes Vladimir – 1956, Russie

Le collectif russe AES naît en 1987 de la collaboration du couple d’architectes Tatiana Arzamasova et Lev Evzovich avec le graphiste Evgeny Svyatsky. Le photographe Vladimir Fridkes se joint au trio en 1995. AES+F devient alors le nom du collectif d’artistes. Passant avec aisance de la sculpture à la photographie et la vidéo, AES+F maintient comme fil rouge de son œuvre la manipulation des images glamoureuses des mondes de la mode, du cinéma et de la publicité qui inondent la Russie depuis la chute de l’Union soviétique en 1991.